[Economie] Nucléaire VS Energie renouvelable: la solution française serait en train de perdre la bataille

Ravichou

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L'article cité souligne tout de même que le nucléaire est de plus en plus considéré en temps que l'une des solutions à l'urgence climatique, notamment via des prêts de la BEI si les ministres de la recherche de l'UE le décident la semaine prochaine.

Ca ne remet bien sûr pas en question les atermoiements des élus écolos qui craignent que leur base électorale soit résolument anti-nucléaire... qui a parlé de pédagogie ?
 
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Les jours qui viennent pourraient être déterminants en effet - la discussion sur la taxonomie des investissements « verts » sera une décision importante en Europe. La France et certains pays de l’Est voudraient que le nucléaire en fasse partie au titre de ses faibles émissions de carbone ; l’Allemagne est contre mais souhaite en revanche inclure le gaz (!) dans la définition du « vert ». D’un point de vue réchauffement climatique, qui est supposé être l’objectif, c’est pitoyable... Pour les allemands, une production électrique 40 fois plus émettrice en CO2 serait plus verte, à n’y rien comprendre.

Il n’est pas impossible que ça se termine par un compromis « à la belge » où on essaie de contenter tout le monde et qu’on inclue les deux. Pour la protection du climat ce serait une catastrophe, mais on pourra toujours militer pour une taxe sur le poids des voitures à côté pour faire croire qu’on veut agir...
 

FoLuxo

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L'Assemblée Nationale a organisé cet été une commission d'enquête sur "les énergies renouvelables" et l'argent mis en France dans la "transition énergétique". Ils ont interrogé des dizaines de personnes. Le rapport est public et je suis tombé dessus aujourd'hui. Il y a presque 400 pages que 100% des français ne liront jamais, et c'est bien dommage. Je viens de parcourir la première partie du document : l'avant-propos du président de la commission.

En gros, le monsieur met un gros coup de pieds dans les testiburnes de la transition telle qu'elle est faite actuellement en France et dans le financement des EnR. Le rapport complet est dispo pour les courageux ; ci-dessous les extraits qui m'ont parlé.

La transition énergétique coûte cher. Cet effort a une portée limitée au regard des enjeux climatiques, notre production d’électricité étant déjà faiblement émettrice de gaz carbonique. La transition du nucléaire vers les énergies électriques intermittentes n’a aucun impact sur le CO2 et ne permet donc pas de lutter contre le réchauffement climatique.

[...]

Il apparaît que les énergies renouvelables consomment plus de matières minérales et métalliques que les technologies du bouquet énergétique traditionnel. Selon le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), par rapport aux énergies fossiles, pour une même quantité d’énergie produite, l’éolien et le photovoltaïque nécessitent quinze fois plus de béton, quatre-vingt-dix fois plus d’aluminium et cinquante fois plus de cuivre.

[...]

Ce premier constat pose deux problèmes :
– Le premier est que ce choix énergétique représente une dépense de plusieurs dizaines de milliards d’euros, en période de disette budgétaire, sur fond de crise du consentement fiscal.
– Le second est celui de l’acceptabilité sociale, car l’opinion publique est trompée sur le véritable impact de la politique éolienne et photovoltaïque.

Si je prends l’exemple du soutien public à l’éolien, tel que j’en ai récemment rendu compte à la commission des finances, l’addition des différents soutiens directs représente de 73 à 90 milliards d’euros, pour une filière appelée à représenter 15 % au maximum de la production électrique en 2028

[...]

Sous l’étiquette d’un marché régulé, la transition énergétique a beaucoup d’un commerce de subventions publiques. Les acteurs du système ont beaucoup de mal à penser, imaginer ou même accepter l’idée qu’on puisse dans un avenir proche retirer ces aides.

On pourrait même craindre une spirale du subventionnement : soit les énergies éolienne et solaire ne sont pas compétitives par elles-mêmes, mais uniquement parce qu’on impose aux consommateurs-contribuables d’en supporter les surcoûts et il n’y a alors pas de perspective de voir disparaître ce subventionnement, soit ces énergies sont matures, et dans ce cas, même dans un marché régulé, il est légitime d’envisager la suppression des subventions.
À l’étape actuelle de ce cheminement, l’argument de la compétitivité croissante des énergies renouvelables électriques est souvent mis en avant, ce qui signifie, hélas, en pratique et si l’on veut parler clair, qu’elles restent donc encore économiquement non compétitives sans soutien public.

À propos de la compétitivité, le rapport fait le choix d’analyser le choix énergétique au travers du seul coût marginal par unité d’énergie produite, ce qui permet de pointer la convergence entre coût nucléaire et le coût du photovoltaïque. Cette méthodologie est exacte mais elle a cependant des limites : ce qui importe, c’est le coût complet (incluant les modifications du réseau qui sont nécessaires pour absorber l’intermittence, ou le coût du refoulement de l’électricité), c’est à dire le coût budgétaire du soutien, mais aussi le coût économique.

[...]

En d’autres termes, plus on développe des énergies intermittentes, plus on perturbe le modèle économique des autres modes de production. De nombreuses centrales à gaz ont ainsi été mises « sous cocon » par les producteurs, voire fermées, du fait de l’ordre de priorité sur le réseau donné aux productions vertes.

[...]

Dans tous les pays qui ont choisi de mettre le soutien au développement des énergies renouvelables à la charge du consommateur d’électricité, les coûts de l’énergie ont augmenté sensiblement pour le consommateur.

[...]

Le maquis des taxes, prélèvements et dispositifs est particulièrement broussailleux. Les Français connaissent ainsi la CSPE mais en réalité, elle a disparu, intégrant la TIFCE et ne finance plus la transition écologique directement mais le budget général. Les Français parlent de taxe carbone, mais en réalité les membres de la commission ont découvert que la fameuse TICPE, appelée abusivement « taxe carbone » dans le débat public, obéissait à un montage complexe d’addition de trois taxes avec une composante carbone, modulée par catégorie de combustible. Les contributions se chevauchent parfois, s’amplifient ou se compensent. L’écart entre débat politique, opinion publique et réalité fiscale est parfois saisissant.

Une simplification que j’appelle de mes vœux conduirait à unifier toutes ces taxes en une seule, à l’appellation aisée et transparente : taxe de financement de la transition énergétique. Celle-ci s’appliquerait transversalement à toutes les consommations énergétiques, mais à des taux différents en fonction du degré de carbonation. Cela me semble un pas nécessaire pour améliorer la compréhension fiscale.

[...]

Les gestionnaires de réseaux doivent désormais faire face aux conséquences de l’intermittence et du caractère non pilotable des énergies renouvelables électriques photovoltaïque et éolienne. Plusieurs arguments sont mis en avant pour convaincre qu’il sera possible, à l’avenir, de pallier l’intermittence sans disposer des moyens actuels nucléaires et thermiques.

L’argument théorique du foisonnement. Plusieurs auditions de la commission d’enquête ont fragilisé cet argument, en mettant en évidence l’existence de périodes de faible vent sur la quasi-totalité de l’Europe de l’Ouest, vent trop faible pour garantir la production d’électricité, ainsi qu’en mettant en évidence une corrélation des productions solaires et éoliennes à l’échelle de l’Europe.

L’argumentation en faveur du stockage. Les différentes auditions de la commission d’enquête au cours desquelles le stockage a été évoqué ont conclu au caractère aujourd’hui irréaliste d’un système prétendant, à terme, couvrir toute la demande d’électricité par la production d’énergies renouvelables couplées au stockage par batteries.

[...]

En tenant compte d’un coût au kWh deux à quatre fois moins élevé dans le cas de la puissance installée éolienne par rapport à la puissance installée nucléaire, le système électrique éolien demanderait un montant d’investissement cinq fois supérieur au montant requis par le système électrique nucléaire, dans l’hypothèse la moins favorable à ce dernier.

[...]

In fine, on peut considérer qu’une forme de consensus s’est fait jour au sein de la commission : puisque la solution du stockage n’a pas encore été découverte, tous les choix politiques de diminution de la part du nucléaire au profit des énergies électriques se sont basés sur un pari sur l’avenir, et que techniquement, à l’heure où ce rapport est rédigé, ce mix n’est pas viable.

[...]

Nous devons changer les objectifs de la transition énergétique. Notre véritable problème commercial, économique, écologique est notre dépendance au fossile. Nous n’y consacrons pas les moyens nécessaires.
Deuxièmement, nous devons tirer les conséquences concrètes de ce nouveau paradigme. Ce constat plaide donc pour une réorientation du soutien public en faveur des actions d’efficacité énergétique à fort impact en termes de réduction des émissions de CO2.

Soit l'état persiste à vouloir engloutir tous les ans près de 5 milliards d’euros pour subventionner une industrie mature de production électrique, et dans ce cas-là, il devra augmenter la taxe carbone pour financer les autres priorités, au risque de déclencher une nouvelle crise sociale ; soit à enveloppe constante, il réalloue les fonds aujourd’hui positionnés sur l’éolien et le photovoltaïque au profit des autres priorités.

CONCLUSION

Il apparaît clairement que le soutien aux énergies renouvelables électriques apparaît excessif, encore est-il réalisé pour des raisons que les Français croient rationnelles, sans avoir pris conscience qu’il s’agit d’une fausse science, puisque, selon un sondage récent, une majorité d’entre eux pense encore que, s’il y a urgence à décarboner notre bouquet électrique, c’est en raison des émissions de CO2 liées à la production d’électricité nucléaire. Il serait raisonnable de basculer une partie de ce soutien en faveur d’une diminution des émissions de CO2 en s’attachant d’abord au volet thermique de la transition énergétique.

Sous prétexte de sécurisation, les choix faits fragilisent le réseau électrique, le subventionnement profite de façon excessive à des acteurs qui n’en n’ont pas besoin et les priorités du transport et du logement, au regard de la diminution des émissions de CO2, sont reléguées au second plan.

Non seulement cette politique mobilise beaucoup d’argent public, sans que l’on puisse d’ailleurs savoir exactement combien, pour des raisons ressassées par des experts qui continuent d’empiler scénarios sur scénarios, sans avoir pris conscience du fossé qui s’est creusé entre leurs ratiocinations et les préoccupations des consommateurs et contribuables telles qu’elles s’expriment de plus en plus ouvertement dans le débat public. Les gains de cette politique ne vont pas tous à l’écologie, et quand ils vont à l’écologie, ils n’ont pas d’impact significatif sur les véritables priorités en matière d’émissions de CO2. Derrière une phraséologie très moralisatrice, s’est mis en place un safari de la subvention publique. Il est temps, pour l’État et les élus, de retrouver la maîtrise de ce processus.

Je crois pouvoir dire qu’un consensus politique s’est forgé autour de quelques idées majeures : qu’aujourd’hui la politique de transition énergétique menée ne concourt pas à la transition climatique, c’est-à-dire à la lutte contre le réchauffement climatique ; que les impôts, taxes et prélèvements divers imposés au nom de cette politique sont excessivement nombreux, complexes et pas toujours, loin de là, affectés à la transition énergétique ; que les crédits effectivement alloués à la transition énergétique sont massivement mobilisés sur une obligation de moyens (développer des énergies renouvelables électriques) qui n’a qu’un impact limité sur les émissions de CO2 ; que par conséquent, il est essentiel de rééquilibrer les sommes disponibles vers trois objectifs : le développement des filières émergentes d’énergies renouvelables (l’hydrogène par exemple), l’habitat et les transports, en d’autres termes ce qui peut permettre de diminuer effectivement l’addiction fossile de l’économie française.

L’essentiel demeure : la politique de transition énergétique de la France coûte cher, pour ne pas agir sur notre problème numéro 1 : le réchauffement climatique.
 
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Gentleman69

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Il faut du nucleaire de 4eme génération et des ENR si on veut se débarrasser du charbon et du gaz et continuer à produire et à se déplacer tout en essayant de contenir le réchauffement climatique.
Pour le pétrole, s'en passer sera plus difficile...
 

Lephilo

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Jancovici a répondu à vos questions - 02/12/2019 Notamment sur le nucléaire de 4ème génération.

Le détail :
0:46, est-ce que le système démocratique peut limiter le réchauffement climatique sous 1,5 voir 2 °C ?
7:30, différence fait et opinion
15:10, quid de l'éolien, du solaire ? (pour la convention citoyenne)
15:40, extinction rébellion, est-ce que ça peut gagner assez de poids politique ?
17:10, échelon local, que peut-on faire à l'échelon du territoire ?
19:00, décroissance, quelles sont les activités salariées (ou pas) qui pourraient permettre au plus grand nombre de subsister ?
36:01, collapsologie, est-ce qu'un effondrement brutal est probable ?
39:36, est-ce qu'on a une idée du niveau de vie par habitant maximum qu'un monde renouvelable peut supporter pour 7 milliards d'individu ?
41:20, prix du pétrole, comment se fait-il qu'il y ait une pénurie de pétrole puisque le prix n'augmente pas (et qu'il y en a toujours à la pompe) ?
55:31, essence charbon ?
55:45, dans une société low-tech, quelle place pour l'armée ?
57:50, nucléaire, ressource en uranium ? (Puis 4eme generation)
1:17:07, risque du nucléaire dans un monde qui s'effondre
1:21:50, l'ouverture de la sncf à la concurrence ?
1:28:14, les programmes scolaires ?
1:36:40, accepteriez-vous de venir faire une conférence tout public dans une petite ville de province ?
1:39:15, action personnelle, et action dans les PME ?
1:45:30, faut-il faire la taxe carbone ?

La vidéo complète :

 
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FoLuxo

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Merci pour le lien, je vais regarder.

Le problème de Jancovici est qu’il est déjà loin dans l’analyse et se destine à un public déjà un minimum informé. Or le grand public est très mal informé même sur des sujets basiques quand on parle d’énergie... Donc il essaie d’être pédagogue mais il y a un tel manque à combler que c’est quasi impossible.
 

Gentleman69

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J'ai regardé cette vidéo hier et ce type est assez éclairant. Dommage que le grand public ne soit pas mieux éduqué sur ces sujets. Mais bon il préfère regarder les fake news sur Facebook sans doute...
 
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mark13

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Ouiiii c'est c'laaaaa! Il devient impossible de se faire comprendre de la masse....

Autres morceaux choisis:
"
La transition énergétique coûte cher. Elle a un coût croissant pour le consommateur d’énergie et contribuable.
… elle prend souvent le visage de l’acceptation résignée d’inconvénients multiples, sous l’injonction expresse ou implicite d’un «il faudra vous y faire.», quand n’apparaissent pas, de plus en plus, des signes d’une révolte croissante des territoires ruraux à l’égard de certaines formes d’énergie renouvelable.

La transition du nucléaire vers les énergies électriques intermittentes n’a aucun impact sur le CO2
et ne permet donc pas de lutter contre le réchauffement climatique

▪une très forte augmentation des émissions au titre du transport routier, une quasi-multiplication par six, puisqu’elles passent de 21 millions de tonnes en 1960 à 122 millions de tonnes en 2016, après un pic à 130 millions de tonnes dans les années 2002-2004;
▪une forte augmentation des émissions dans le champ résidentiel et tertiaire, puisqu’elles passent de 49 millions de tonnes en 1960 à 75 millions de tonnes en 2016 après un pic à 136 millions de tonnes en 1973.Si l’on se fixe pour objectif de diminuer les émissions de CO2 aucune ambiguïté ne demeure quant aux cibles des actions prioritaires à mener: il s’agit du transport et du bâtiment

Or… les choix de soutien public tendent avant tout à mettre en œuvre une nouvelle transition électrique, visant à substituer au nucléaire des énergies alternatives électriques.

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), un panneau solaire doit fonctionner en moyenne trois ans pour produire l’énergie qui a été nécessaire à sa fabrication, son impact carbone étant en moyenne de 55 grammes d’équivalent CO2/kWh.

Toujours selon l’ADEME, l’analyse du cycle de vie d’une éolienne, qui prend en compte à la fois l’extraction et le traitement des matières premières mais aussi les processus de fabrication, le transport, la distribution, la réutilisation et le recyclage de certains composants, conduit à une émission en moyenne entre 12 et 15 grammes d’équivalent CO2/kWh.

Il ne s’agit pas ici de prétendre qu’il existerait des moyens de produire de l’énergie sans inconvénients, mais de souligner le déséquilibre existant entre un discours excessivement à charge dans le cas des énergies fossiles et un discours excessivement à décharge dans le cas des énergies dites vertes.

Ce premier constat pose deux problèmes:
–Le premier est que ce choix énergétique représente une dépense de plusieurs dizaines de milliards d’euros, en période de disette budgétaire, sur fond de crise du consentement fiscal.
–Le second est celui de l’acceptabilité sociale, car l’opinion publique est trompée sur le véritable impact de la politique éolienne et photovoltaïque.

… la transition énergétique a beaucoup d’un commerce de subventions publiques.

…. plus on développe des énergies intermittentes, plus on perturbe le modèle économique des autres modes de production


De nombreuses centrales à gaz ont ainsi été mises «sous cocon» par les producteurs, voire fermées, du fait de l’ordre de priorité sur le réseau donné aux productions vertes.
  • Ces surcoûts sont payés par les citoyens français, mais la complexité est telle que la transition est une boîte noire
Historiquement, la facture d’électricité a augmenté en lien avec la transition énergétique, avant que le relais ne soit pris par la facture de carburant.

Les membres de la commission d’enquête ont eu bien du mal à y voir clair et à obtenir un document simple, synthétique et didactique de Bercy. Une chose est sûre: les auditions de la commission d’enquête ont mis en évidence l’impact des prélèvements sur les factures d’électricité et de carburant: près de 57 milliards d’euros, dont seulement une dizaine sont effectivement affectés à la transition énergétique.


b. De l’acceptabilité sociale dans les territoires en général, et du problème de l’éolien en particulier

Il est apparu cependant que le sujet de l’implantation d’une unité de production posait la question de l’acceptabilité sociale, de manière plus aiguë pour l’éolien ou la méthanisation que pour le photovoltaïque. Le premier motif de rejet en termes d’acceptabilité sociale tient au fait que les nouvelles énergies sont grandes consommatrices d’espace,

il s’est peu à peu imposé comme LE symbole du divorce entre une stratégie nationale «parisienne» et une mise en application complexe dans une ruralité échaudée, un peu à l’image des portiques de l’écotaxe.



l’éolien est clairement apparu, aux yeux d’une très large partie des membres de la commission, comme «le mal-aimé» de la transition énergétique. Il est urgent d’abaisser les tensions en décrétant un moratoire dans les territoires impactés où les projets d’implantation sont disputés et en revoyant les règles d’éloignement par rapport aux habitations.

Lors de son audition par la commission d’enquête, M. Jean-Marc Jancovici a d’ailleurs douté de la crédibilité des scénarios remplaçant la totalité de la production d’électricité d’origine nucléaire par une production éolienne accompagnée de stockage.

Ce constat plaide donc pour une réorientation du soutien public en faveur des actions d’efficacité énergétique à fort impact en termes de réduction des émissions de CO2.Les incitations à l’isolation extérieure des bâtiments, au remplacement des chaudières au fioul par des chaudières au biogaz et du solaire thermique dans les bâtiments résidentiels, au transport collectif apparaissent pertinentes à cet égard.

L’État est confronté à un dilemme: soit il persiste à vouloir engloutir tous les ans près de 5milliards d’euros pour subventionner une industrie mature de production électrique, et dans ce cas-là, il devra augmenter la taxe carbone pour financer les autres priorités, au risque de déclencher une nouvelle crise sociale; soit à enveloppe constante, il réalloue les fonds aujourd’hui positionnés sur l’éolien et le photovoltaïque au profit des autres priorités.

Sous prétexte de sécurisation, les choix faits fragilisent le réseau électrique, le subventionnement profite de façon excessive à des acteurs qui n’en n’ont pas besoin et les priorités du transport et du logement, au regard de la diminution des émissions de CO2,sont reléguées au second plan.

Au nom de l’exemplarité dans l’action pour le sauvetage de la planète, on s’ingénie à détruire des paysages et bouleverser la vie des gens.

Les gains de cette politique
ne vont pas tous à l’écologie, et quand ils vont à l’écologie, ils n’ont pas d’impact significatif sur les véritables priorités en matière d’émissions de CO2.

Le grand mérite de ce rapport est d’être resté honnête sur la retranscription des auditions, contrairement au rapport sur la sûreté nucléaire de Mme Barbara Pompili.

"

Il résulte de cet autre digest, indigeste, que la motivation de cette enquête est de dénoncer:
- le coût du subventionnement donc de la fiscalité en amont de la transition énergétique
- qu'elle se fait au détriment exclusif du nucléaire et des économies d'énergie
- que les ENR sont impopulaires en rural
- qu'elles sont responsables d'une taxation du fossile devenue insupportable pour le peuple et inefficiente sur la transition
- que ce rapport est impeccable comparativement à celui sur la sureté nucléaire qui est malhonnête.

J'en déduis à titre personnel qu'il s'agit avant tout de préserver le budget de l'Etat et de ménager l'électeur-contribuable-régionaliste.

Je m'interroge enfin sur cette opposition nucléaire vs ENR passant sous silence les particularités et complémentarités qui pourraient en être tirées en attendant des progrès significatifs en rendement, production, stockage, foisonnement, régulation etc. ... en attendant la fusion, bien sûr...
 

FoLuxo

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La complémentarité entre nucléaire et EnR en France ? C'est un sujet dont on parle depuis longtemps...

L'intérêt des EnR est de permettre de mettre à l'arrêt autre chose de temps en temps. Si l'autre chose c'est du fossile (charbon, gaz) pourquoi pas, c'est bon pour le climat malgré les coûts ; si l'autre chose c'est du nucléaire, on se mange les surcoûts des EnR, on ne diminue pas les rejets de CO2, on ne diminue pas le risque nucléaire, on diminue les déchets de quasiment 0, et on vieillit prématurément les centrales... C'est le genre de complémentarité "tu s'occupes de rien, je s'occupe de tout" :mrgreen:
 

mark13

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L'argument selon lequel le développement des ENR menace le nucléaire est pour le moins spécieux, quand bien même il exprime le vœu d'écologistes pressés.
Si elles contribuent à la fermeture des centrales thermiques les plus polluantes, ce à quoi se refusent certains politiques et lobbies qui vont jusqu'à contester par exemple l'ouverture de Total vers la production d'électricité d'origine ENR, ce sera déjà pas si mal et plus cohérent que le schéma ENR CONTRE nucléiaire.
Mais pour les apparatchiks de l'atome c'est encore trop...
La mouche du coche serait plutôt l'attitude du petit ingénieur qui prétendrait sauver la suprématie du nucléaire à coup de sarcasmes...
Il s'en trouve qui mettent en doute la pérennité du modèle de la fission, ce sont les artisans de la fusion...
Mais les petits sachants préfèrent sans doute défendre la doctrine de "un tien vaut mieux que deux tu l'auras"
Le lecture de l'intégralité du rapport parlementaire laisse paraître de réelles perspectives de convergences ENR- nucléaire puis foisonnement, stockage, complémentarité... sans parler de l'avenir de l'autoconsommation ou du power to grid...
Mais... bon.... en automobile certains se sont trouvé une vocation dans l'hybride, après l'avoir snobé, 10 à 15 asn après son émergence... alors.... les analyses péremptoires à l'instant T....
Rappel à ceux qui ne voient le salut QUE dans le nucléaire, quid des pays sans réseau, sans ressource minières, sans "autorisation" internationale de développer leur propre technologie nucléaire civil?
Le petit bout de la lorgnette pointé sur nos vallées verdoyantes simplifie singulièrement la vision du monde...
 

FoLuxo

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Si elles contribuent à la fermeture des centrales thermiques les plus polluantes
Les EnR ne permettent pas de fermer quoi que ce soit. Quelle que soit la capa installée, la puissance garantie est de 0. Il faut avoir autre chose à côté. Parfaitement visible en Allemagne : on ajoute des pelletées d'éoliennes et de PV, on ne ferme rien. On fait tourner le reste un peu moins, et c'est toujours ça de pris, comme disent les perdants pour se consoler.

Evolution 2000 2016.jpg

certains politiques et lobbies qui vont jusqu'à contester par exemple l'ouverture de Total vers la production d'électricité d'origine ENR
Je ne vois pas à quoi tu fais allusion ici. Total fait déjà de l'électricité EnR

Le lecture de l'intégralité du rapport parlementaire laisse paraître de réelles perspectives de convergences ENR- nucléaire puis foisonnement, stockage, complémentarité... sans parler de l'avenir de l'autoconsommation ou du power to grid...
On peut toujours imaginer des voitures volantes, mais commencer à construire des nouveaux "aéroports à voitures" et fermer les routes pour le cas où elles arriveraient c'est con. C'est ce qu'on fait dans l'électrcité pourtant - on fait maintenant comme si notre idée du futur se réalisera forcément. Laissons le stockage, le foisonnement, le smart grid et tous les trucs arriver, et ensuite on verra comment faire pour s'en servir. Construire de parcs d'éoliennes en France maintenant ne sert strictement à rien sinon à transférer "un pognon de dingue" public vers des entrepreneurs.
 

FoLuxo

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Ce n’est pas les EnR dont il est question ici mais le fait que Total vende du courant tout court. Et ceci parce que la plupart des vendeurs d’électricité en France se contentent d’acheter du courant chez EDF pour pas cher, puis le revendent. Ça s’appelle l’ARENH et c’est une autre belle arnaque pour le consommateur. EDF est obligé par la loi de vendre pas cher à ses concurrents ; c’est contre ça que EDF se bat, l’arrivée d’un nouvel acteur sur ce marché. L’aspect EnR d’une production par Total n’est pas le problème.

Je constate en passant que l’ARENH a fixé le prix du nucléaire (qui est impayable comme chacun le sait) à 42€/MWh...
 

Ravichou

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Tiens je saute sur l'occasion, ça m'intéresse car la discussion est arrivée l'autre jour avec un ami, et tu (@FoLuxo ) as l'air d'en savoir pas mal à ce sujet.

1/ En quoi l'ARENH est une arnaque pour le consommateur?
2/ Si j ai bien compris, l'ouverture du marché de la fourniture d'électricité est l'application d'une réglementation européenne qui date des années 2000 => la faute à la libéralisation? En gros la question c'est: quel est l'intérêt de cette ouverture du marché?
3/ Est-ce qu'on peut penser que l'avènement de ces fournisseurs aux tarifs plus avantageux pour le consommateur qu'EDF va mécaniquement réduire les potentiels investissements dans la production d'élec, puisqu'au final on a moins de flux financiers des consommateurs au producteur ? Ou bien comme EDF s'occupe de toute façon aussi de fournir de l'élec au consommateur, c'est "juste" le flux allant du consommateur à la partie fourniture d'EDF qui est redirigé vers les autres fournisseurs, avec donc un producteur qui conserve ses moyens financiers ?

Vous avez 4 heures :D
 

mark13

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Ce n’est pas les EnR dont il est question ici mais le fait que Total vende du courant tout court. Et ceci parce que la plupart des vendeurs d’électricité en France se contentent d’acheter du courant chez EDF pour pas cher, puis le revendent. Ça s’appelle l’ARENH et c’est une autre belle arnaque pour le consommateur. EDF est obligé par la loi de vendre pas cher à ses concurrents ; c’est contre ça que EDF se bat, l’arrivée d’un nouvel acteur sur ce marché. L’aspect EnR d’une production par Total n’est pas le problème.

Je constate en passant que l’ARENH a fixé le prix du nucléaire (qui est impayable comme chacun le sait) à 42€/MWh...
Le fond est là, touche le ;)

Pendant longtemps, EDF et Total n’étaient pas sur les mêmes secteurs. Mais aujourd’hui avec la montée de l’enjeu climatique, Total s’est diversifié en investissant dans les renouvelables et l’électricité. Et comme le pétrolier a les poches bien pleines, son arrivée est mal vécue par l’ex monopole qui, depuis deux ans, perd environ 100.000 clients par mois. Jean-Bernard Lévy est donc sur les nerfs. Il y a deux ans l’ancien boss de Vivendi avait vivement taclé Total. "Leur filiale américaine SunPower a perdu plusieurs milliards ces dernières années. Lampiris [un électricien belge acquis en 2016 par Total, NDLR], ils l'ont acheté à un prix plus élevé que celui que nous proposions. Ils n'ont pas les synergies pour commercialiser de l'électricité. Et dans nos métiers, ce n'est pas dans la commercialisation que l'on gagne de l'argent."
 

FoLuxo

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@mark13 je te concède que j’ai répondu à côté - EDF ne veut pas de EnR comme concurrent parce qu’ils déstabilisent le marché électrique. Voir Total débarquer avec des gros moyens est une mauvaise nouvelle pour eux.
 

FoLuxo

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@Ravichou ça va demander une explication un peu longue...

Il y a beaucoup de fournisseurs de courant « alternatifs » qui n’ont pas de moyen de production, ils achètent du courant sur le marché au prix du moment (spot) et le revendent aux consommateurs à prix fixe. Le jeu est pour eux de trouver les sources les moins chères a tout instant.

Quand l’ARENH a été décidé fin des années 2000 je crois, le marché était cher ; ARENH a permis aux fournisseurs d’avoir à dispo une source en-dessous du marché, à 40 puis 42€/MWh. EDF est obligé de brader à ses concurrents environ un quart de sa production. Le système avait une vague logique, si l’objectif était de créer une concurrence « sous perfusion » le temps qu’ils mettent en route des moyens de production dans un contexte de marché cher.

Maintenant que le coût du courant a baissé sur les marchés (tendance de fond à cause du gaz de schiste), à chaque fois que les renouvelables produisent en masse (typiquement quand il y a du vent en Allemagne/Danemark/Ecosse, et grâce aux subventions), le prix spot baisse, voire devient négatif (!) ; à ces moments les fournisseurs s’alimentent sur le marché pour pas cher. Inversement quand le coût remonte (pas de soleil et de vent), le coût de marché s’envole ; à ce moment les fournisseurs tapent dans leur allocation ARENH. Le beurre et l’argent du beurre ; ce n’était pas le but à l’origine puisque le mécanisme a été mis en place pour les aider dans un contexte de courant cher. Inversement pour EDF, quand le marché est cher il est obligé de vendre à des concurrents au prix ARENH « pas cher », quand le marché est peu cher il se retrouve avec un prix au-dessus du marché - c’est la double peine, en sachant qu’ils ont les coûts réels de la production à assumer, contrairement aux autres.

Le système revient maintenant donc à donner une prime à ceux qui ne font rien et qui n’ont pas d’obligation d‘investissement dans des moyens de production.

On se retrouve avec des fournisseurs qui engrangent des bénéfices au détriment d’EDF, sans avoir de réelle activité industrielle. Le pognon qui devrait aller chez EDF pour anticiper les énormes investissements à venir (peu importe si nucléaire ou EnR, la production du futur aura un coût) se retrouve dans des entreprises à activité financière. Quand il faudra faire les investissements dans les années qui viennent, c’est EDF et ses clients qui devront payer les nouvelles centrales. C’est en ça que c’est une arnaque pour les consommateurs. Les prix n’ont pas baissé grâce à la concurrence artificielle, on a transféré la marge vers des entreprises qui ne produisent que des factures.

La Cour des Comptes avait fait un point en 2017 ou 2018 qui expliquait simplement le tout, je vais essayer de le retrouver. Ils signalaient aussi que les fournisseurs de courant n’ont pas du tout utilisé l’argent pour mettre en place des moyens de production, alors que c’était supposé être le but. Et on les comprend, quand on peut profiter du travail de quelqu’un d’autre sans contrainte...
 
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Ravichou

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@FoLuxo merci pour les explications.
En fait je suis passé il y a peu chez un fournisseur alternatif (eKwateur pour ne pas le nommer) vantant sa prod d'élec d'origine renouvelable etc. C"était suite à une opération de l'UFC que choisir sur l'énergie moins chère (je crois même en avoir entendu parler en premier sur ce forum).
En début de semaine j'en discutais avec un ami qui bosse chez EDF et qui ne comprenait pas ma démarche. Et effectivement, cette discussion m'a permis d'aller plus loin que "elec moins chere + elec 'verte' = youpi", ce qui constitue le coeur du discours des fournisseurs alternatifs. Il me manquait encore la partie sur la double peine pour le producteur que constitue l'ARENH.

Du coup, à mon sens, un secteur aussi stratégique pour le pays que la production, la distribution et la fourniture d'électricité ne devrait pas être ouvert à la concurrence... les investissements nécessaires à venir dans la production risquent de piquer.

EDIT:
pour revenir au sujet initial, je suis en train de lire le rapport de l'AN. Très intéressant. On note une différence notable de conclusion entre le président de la commission d'enquête et le rapporteur.
Je cite:
"In fine, on peut considérer qu’une forme de consensus s’est fait jour au sein de la commission : le rapporteur explique que seul un investissement sur le stockage électrique permet la viabilité de la montée en puissance des énergies intermittentes. Elle est en réalité optimiste sur l’avenir, en pensant que la solution du stockage est à portée de main, et donc que le mix est viable. Cela revient à dire de manière plus prosaïque et sans doute pessimiste, que puisque la solution du stockage n’a pas encore été découverte, tous les choix politiques de diminution de la part du nucléaire au profit des énergies électriques se sont basés sur un pari sur l’avenir, et que techniquement, à l’heure où ce rapport est rédigé, ce mix n’est pas viable."
Alors qu'effectivement le rapporteur semble plus optimiste vis-à-vis du développement du stockage... qu'on attend toujours.

Pour les motivés, la lecture de la synthèse du président c'est ~20 pages. Il y a besoin de moins de courage pour les lire que pour lire les 400 pages du rapport !
 
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