En tout cas, selon moi, je n'ai pas dit qu'il faut arrêter la construction de réacteurs en cours (les EPR par exemple) ni arrêter prématurément les centrales nucléaires existantes, ce serait du non sens.
Si on aurait pu partir d'une feuille blanche (SimCity!), j'aurai dit que :
- le nucléaire est une solution assez idéale pour alimenter les gros métropoles de plusieurs millions d'habitants.
(réseau centralisé)
- en revanche, pour les zones plus rurales, les petites villes, on est plus adapté à des solutions renouvelables, un réseau plus décentralisé, où l'énergie est produite surplace, donc moins de pertes liées au transport (qui avoisinent tout de même 10% de la production d'électricité en France).
Le problème, c'est qu'en France, on a déjà construit une infrastructure électrique autour des centrales nucléaires.
D'autre part, étant donné le coût extrêmement élevé du R&D et de construction de centrale nucléaire, le secteur nucléaire français est obligé de construire par dizaines pour amortir le coût du programme. (C'est d'ailleurs la force de la France dans le nucléaire: la standardisation)
Ce n'est donc pas surprenant qu'EDF veut construire 40 réacteurs EPR NM, faute de pouvoir exporter (
actuellement, par contre si on crame le projet Hinkley Point, adios amigo pour tout espoir d'exportation dans les années à venir).
Or en France, les grandes agglomérations qui dépassent 1 million d'habitants, on en a que 5. Je ne dis pas qu'il en faut que 5 centrales nucléaires, mais EDF aurait pu avoir cette volonté de sortir progressivement du nucléaire pour équilibrer un peu mieux les balances. Non : on reste sur le nucléaire largement dominant.
J'ai trouvé une étude britannique (Université Oxford) assez intéressante sur la transition énergétique allemande :
The Energiewende – Germany’s gamble (La transition énergétique - Le pari d'Allemagne)
Elle souligne que l'Allemagne pourrait rater son objectif de baisse des CO2 2020, surtout si elle ne possède pas un parc suffisant de voitures électriques (d'où la sur-motivation des constructeurs automobiles allemands aujourd'hui?), et sa population est en train de payer un coût d'électricité extrêmement élevé (même si je soupçonne qu'une partie de nos impôts très élevés soit aussi allouée à l'entretien du nucléaire).
Mais d'un autre côté, l'Allemagne gagne en exportation, en emploi, et en compétitivité dans le marché de l'énergie.
Je reviens donc un peu sur le début de cette discussion : la France est aujourd'hui asphyxiée par la dominance de filière nucléaire qui peine à exporter, parce que partout dans le monde, c'est la solution des énergies renouvelables qui passe largement devant.
Ce n'est pas qu'une question d'opinion publique (
tout ce qui touche aux finances, l'opinion publique ne compte pas...), mais parce qu'elle correspond au fonctionnement de notre nouvelle société : plus agile, moins de risque, la disponibilité immédiate.
Au lieu d'investir 10 Milliards € sur un truc qui ne produit pas un kWh depuis 10 ans, beaucoup de pays ou de collectivité préfèrent d'investir 10 M€ sur une éolienne qui peut se mettre en place rapidement, et réinvestir encore 10M€ l'année suivante, sur une éolienne de nouveau modèle.
L'envolée des sociétés allemandes comme Siemens, et la chute vertigineuse des entreprises françaises comme EDF, Areva et Alstom Energie (qui s'est fait racheter par General Electric), est la preuve vivante et indiscutable du résultat de notre choix énergétique (ou dirait
@artur : non, le choix du gouvernement, pas le mien).
Peut être que l'Allemagne va se planter d'ici 2020, et qui sait, la filière nucléaire française va refaire peau neuve d'ici là? Je ne suis pas assez intelligent pour prédire avec certitude. Qui a fait le bon pari? Je ne sais pas.
PS : à titre d'information, j'ai regardé l'avancement des centrales EPR Taishan, en lisant des news du côté chinois.
Ça reste un peu la boîte noire du côté communication chinoise : "Tout va bien, le projet est en cours, mais l'activation attendra les résultats de l'ASN". Heureusement qu'avec la proximité du réacteur avec Macao et Hong Kong (dont la presse est plus libre), on obtient certaines informations plus intéressantes : la cuve du réacteur N°2 est en réalité forgée par la Chine, une info complètement masquée par les autorités, y compris dans le livre de l'appel d'offre ; tandis que la cuve du réacteur N°1 est forgée par Mitsubishi au Japon, et selon Areva, il n'y a aucun problème. Or en même temps, l'ASN signale que c'est le protocole de fabrication fourni par Areva à ses fournisseurs (Creusot, Mitsubishi, Chine...) qui a un problème, causant ce taux anormalement élevé de carbone, peu importe le lieu de fabrication (
source).
Dans le Wikipédia, j'ai aperçu que j'ai sous estimé le problème de cuve : le taux de carbone est supérieur à la norme, et l'endroit où le taux est supérieur est plus profond qu'on le pensait, plus de la moitié de l'épaisseur de l'acier. Ce taux de carbone trop élevé pourrait fragiliser la cuve qui doit contenir la très haute température, les radiations et la très haute pression. La cuve pourrait alors se briser comme du verre, à un moment inattendu. Pour ceux qui ont envie de comprendre un peu mieux cet histoire de cuve, lisez cet article :
Défauts de la cuve EPR : les experts s'inquiètent depuis 2006
Mais bon tout ça n'est pas très grave, un accident nucléaire ne provoque pas plus de dégât que la construction d'un barrage. Au plus 10 soles et carrelets vont mourir si jamais ça pète... Arrêtons d'avoir peur pour rien quoi!
