J'ai pu regarder ce week-end l'émission sur Volkswagen qui est passée sur Arte mardi dernier.
Très instructif.
Protection à tout prix de l'industrie automobile européenne :
L'analyse sur la situation en Europe est confondante (avant et après le documentaire sur Volkwagen) :
Tout comme les banques, les industries automobiles (parmi les principales industries qui restent - au moins partiellement - en France et en Allemagne - ou plus largement en Europe des 28) sont considérées par les politiques français, allemands et européens comme des activités systémiques, c'est à dire faisant partie du système.
La peur des politiques est que mettre à mal l'industrie automobile, tout comme les banques, c'est risquer de faire écrouler le système dans lequel la France, l'Allemagne et maintenant d'autres pays européens, se sont enferrées, à coups de mensonges au public et de relations incestueuses entre industriels (banquiers) et politiques.
Suite aux tests de véhicules diesel (pilotés par Ségolène Royal), la décision n'a pas été de quantifier les degrés de dépassement et de punir les industriels pour tromperie (en fonction de la hauteur de la tricherie) mais de casser le thermomètre en augmentant les taux admissibles de NOx !
Logiciel de triche de Volkswagen : Deux versions pour une amélioration continue de la tricherie !
J'ai retenu que la mauvaise foi de Volkswagen sur ce "problème technique" a eu lieu aussi aux Etats-Unis. Après plusieurs mois de questions restées lettre morte, Volkswagen a reconnu le problème en décembre 2014 et prétendu que le problème ne venait que du calculateur. Ils ont rappelé 500 000 véhicules diesel aux USA ... pour changer le logiciel de triche et l'améliorer afin d'éviter que la pollution soit reproductible en laboratoire (l'université de Virginie avait réussi le tour de force de reproduire la pollution sur banc à rouleau, malgré la 1ère version du logiciel de triche).
Un camion diesel de 30T émet 2 à 4 fois moins (en moyenne) de NOx qu'un véhicule particulier diesel
Pour des raisons pratiques et de coût, les camions sont testés en situation réelle et non en laboratoire sur banc à rouleaux. C'est donc en conditions réelles qu'ils doivent respecter les normes. Leur dispositif anti-pollution est techniquement efficace mais il coûte cher.
Aux USA comme en Europe, un camion de 30T pollue moins qu'un véhicule particulier.
Un camion diesel de 30T émet ainsi 2 à 4 fois moins de NOx qu'un véhicule particulier diesel.
2 à 4 fois, c'est a peu près le taux de triche moyen entre tests sur banc et conditions réelles d'un véhicule particulier diesel. A comparer avec le taux allant jusqu'à 35x de Volkswagen.
Il y a donc de plus gros tricheurs que d'autres. Et les moyens mis en oeuvre pour tricher ne sont pas les mêmes.
Tarifs agressifs aux USA pour gagner des parts de marchés et devenir numéro 1 mondial
L'exemple cité (et confirmé par mes recherches sur Internet, à 500 € près) est de fournir une Volswagen Passat "spéciale USA" bien équipée à partir de 20 000 $ (en 2012) - en fait 20 590 $ HT (tarif catalogue). Le tarif du modèle TDI, apparu en 2013, était plutôt de l'ordre de 30 000 $ HT (tarif catalogue).
A titre de comparaison, le modèle de base de la passat (essence) était à 20 000 € HT = 24 720 $ HT en France en 2012 (avec taux de change moyen en 2012 : 1,236 $ pour 1 €). Volkswagen était persuadé de rester longtemps sur le marché USA pour absorber les coûts des usines installées en 2011 aux USA, les coûts du réseau de vente, ... Les marges de production étaient minimale (pour ne pas dire nulles).
Cette politique tarifaire ne laisse pas la place pour équiper les véhicules de système anti-pollution respectant les normes très basses de pollution aux NOx des USA.
Pour éviter d'émettre jusqu'à 35x la norme américaine, il aurait fallu que Volkswagen ajoute un système aussi efficace (et techniquement possible) que ceux de camions, qui aurait coûté au minimum 300 € (prix de revient de la pièce, à laquelle il faut ajouter les études R&D et/ou royalties d'utilisation d'une technologie d'un autre motoriste). Ce n'est donc pas un problème technique mais une raison purement financière.
Volkswagen a joué et triché malgré un risque connu et des conséquences désastreuses
Un motoriste pour camion, fin des années 90, avait déjà contourné les mesures anti-pollution aux USA. L'amende record a été de 1 milliard de dollars.
Jouer à la triche sur le territoire américain, c'est jouer à la roulette russe avec son entreprise. On dit que plus c'est gros, plus ça passe. Là, grâce à l'ICCT (
The International Council on Clean Transportation) et l'univerté de Virginie, ca n'est pas passé et Volswagen a perdu très gros et définitivement sa place de numéro 1 (les USA, c'est un marché de 320 millions d'habitants ... à comparer avec l'Europe des 28 qui compte 508 millions d'habitants - données de 2015).
Volkswagen prétend que la responsabilité vient de 3 ou 4 ingénieurs informaticiens
Minimiser et trouver des boucs émissaires : Volkswagen a affirmé sous serment, devant le parlement américain, que la triche provenait uniquement que de 3 ou 4 ingénieurs informaticiens et que personne d'autre ne savait.
Evidemment, le parlement américain n'a pas cru une seconde à ce pitoyable argument de défense.
Un arrangement à 20 milliards de dollars (au lieu des 45 milliards encourus en cas de procès, assorti d'un retrait immédiat de tous les véhicules diesel des routes américaines).
Volkswagen a déjà provisionné 15 milliards de dollars.
C'est sans compter l'indemnisation des clients américains et des poursuites non gouvernementales.
Les perdants : Les citadins et les contribuables
Les perdants restent les citadins, qui à cause de ces gaz très toxiques en ville, perdent des années d'espérance de vie et qui voient leur vie dégradée par des maladies respiratoires tout au long de leur vie. Les jeunes enfants, dont le système pulmonaire et de défense n'est pas totalement développé, sont les plus touchés par les maladies respiratoires.
Les perdants sont également les contribuables, qui financent partiellement (USA) ou presque totalement (France) un système de santé pour soigner toutes les maladies respiratoires. Ces coûts cachés, personne ne veut les étudier ni les évaluer en Europe. Là encore, c'est systémique.