Si, j'avais parlé dans un post de ce sujet "place au train pour les courts trajets" (ou un truc du genre).
Je pense que c'est une bonne chose, certes, je ne suis pas neutre vu que je travaille dans le ferroviaire.
Pour les petites liaisons, où le train est plus rapide, c'est une bonne chose que l'avion s’efface.
Lettre de la Sénatrice du coin au Ministre :
"
Monsieur Bruno LE MAIRE
Ministre de l’Economie et des Finances
Bordeaux, le 12 mai 2020.
NATHALIE DELATTRE
SENATRICE DE LA GIRONDE
VICE-PRESIDENTE DE LA COMMISSION DES LOIS
CONSEILLERE MUNICIPALE DE BORDEAUX
Monsieur le Ministre,
Je tiens par la présente à vous faire part de ma plus vive préoccupation quant à votre annonce de conditionner les prêts et garanties dont bénéficie Air France à la suppression des lignes aériennes entre Paris et la province pour lesquelles une alternative de transport à moins de 2h30 de Paris existerait.
Je m’interroge sur cette décision, tant elle soulève des questions relatives à la liberté d’entreprendre, à la liberté de commerce et d’industrie, ainsi qu’à l’égalité des citoyens devant les charges publiques, à partir du moment où ce sont tous les contribuables français qui garantissent le prêt de 4 milliards d’euros et l’avance de 3 milliards d’euros accordés à Air France.
Je m’interroge également sur la notion de service public des transports. L’engouement pour la ligne LGV-SEA Bordeaux-Tours, qui permet de relier Bordeaux à Paris en 2h04, est une satisfaction pour nous tous. Cette satisfaction n’expurge toutefois pas un certain nombre de questions.
Qui peut aujourd’hui garantir que SNCF Mobilités, demain en situation monopolistique, n’agisse pas en tant que tel sur les tarifs appliqués aux usagers, et ce dans un contexte où la situation financière de la société sera elle-aussi dégradée ?
Qui peut aujourd’hui assurer que le service public survivra à cette situation monopolistique lorsque le personnel SNCF choisira la voie de la grève, et que les gilets jaunes bloqueront à nouveau le pays ? Quelle sera la continuité des activités du pays face à l’absence d’alternative de mobilité entre Bordeaux et Paris au moment où la relance économique est la seule option face à l’écroulement du pays ?
Car le risque d’effondrement économique, c’est aussi celui qui menace le fleuron industriel qu’est l’aéronautique et l’aérospatial en France.
Ce dont je suis sûre, c’est qu’à ce jour, 35.000 emplois sont occupés au nord-ouest de Bordeaux par les grandes entreprises de l’aéronautique, du spatial et de la Défense. Que 10.000 emplois nouveaux étaient prévus dans les 10 prochaines années. Que le télétravail ne remplacera jamais complètement et définitivement les relations humaines et le contact direct, et que de nombreux cadres, ingénieurs et employés du secteur ont besoin de la liaison aérienne pour rejoindre des sites industriels d’Île-de-France depuis Bordeaux, mais aussi pour rejoindre d’autres sites européens dans des temps records, et ce sans jamais transiter par le centre de Bordeaux ou le centre de Paris. Il s’agit donc aussi, en quelque sorte, d’une ligne d’aménagement du territoire... européen. Cet usage spécifique a été tout à fait déterminant dans les choix des entreprises lorsqu’elles se sont installées où elles l’ont fait, stratégie qu’elles projetaient jusqu’alors de poursuivre dans les prochaines années.
Pour toutes ces raisons, Monsieur le Ministre, je vous demande donc de bien vouloir reconsidérer la position exprimée par le gouvernement à ce sujet, et ne pas mettre un coup d’arrêt brutal et définitif à la liaison aérienne entre Bordeaux et Paris. L’avenir de toute une région en dépend.
En vous remerciant par avance de votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de ma haute considération.
Nathalie DELATTRE”
Pour répondre, tardivement, à certain "
gauchiste" : les majors du transport aérien font leur beurre sur les vols longue distance.
En économie de marché, le client a le choix d’acheter la prestation qui lui convient le mieux.
Sur un Bordeaux-Tokyo, ledit client pourra choisir :
a) Bordeaux (centre)- Paris en TGV ; transfert avec avec les valises vers CDG ; CDG-Tokyo par Air France ;
b) Merignac-Tokyo, via Francfort, par Lufthansa. (1)
Comme peu de gens feront le choix "a", il faudra bien, sauf à abandonner le marché aux concurrents étrangers, maintenir des Bordeaux-Paris en avion.
Pour avoir une chance d’être concurrenciel il faut "
brader" le Bordeaux-Paris (2). Résultat : liaison déficitaire.
Un des moyens de limiter ce déficit était de vendre,
au prix fort, quelques billets Bordeaux--Paris pour les ingés/cadres/directeurs qui n’ont rien à faire, ni au centre de Bordeaux, ni au centre de Paris (typiquement : nord-ouest de Bordeaux -> banlieue ouest de Paris).
L’interdiction du Paris-Bordeaux, faite à Air France, est juste un handicap de plus face à la concurrence étrangère.
Comme il fallait bien du personnel (3) pour traiter ces clients nous allons, après avoir connu les licenciements économiques depuis la fin des "
30 glorieuses", découvrir les joies des
licenciements écologiques.
Accessoirement, comme l’écrit la Sénatrice, il va devenir difficile de dire aux entreprises : "
venez vous installer autour de Bordeaux, vous serez juste à 6 (ou 7) heures aller-retour de vos collègues travaillant en banlieue ouest".
(1) on peut remplacer Tokyo par n’importe quelle destination lointaine ; Francfort par Londres, Zurich ou Amsterdam ; Lufthansa par British-Airways, Swiss etc....
(2) ne vous faites pas d’illusions : Lufthansa brade ses Bordeaux-Francfort pour conquérir des clients, hors de sa zone de chalandise naturelle, et remplir ses vols longue distance rentables.
(3) qui peut croire que les nouveaux salariés (intérim-CDD ?) des boîtes "
low cost" bénéficieront de conditions aussi favorables que celles des emplois disparus pour cause de fermeture de ligne ?